Pour une discussion complète et détaillée sur la question, les lecteurs pourront se référer aux chapitres d’introduction de l’atlas des populations d’anatidés en Afrique et Eurasie occidentale (Atlas of Anatidae Populations in Africa and Western Eurasia, Scott & Rose 1996). Une population d’oiseaux d’eau peut être définie comme un ensemble distinct d’individus qui ne présente pas de phénomène d’émigration ou d’immigration significatif. Cette définition ne peut être respectée que si les échanges d’individus entre populations restent à un niveau très bas. Ce degré d’échange détermine le flux génétique et ainsi la justification de distinction de sous-espèces ou de populations.

Le Canard pilet (photographie du haut, crédit photo Neil Fifer) est une espèce à répartition mondiale, présentant des populations peu définies. La population malaisienne de Tantale blanc (photographie du bas, crédit photo Lim Kim Chye) est une population distincte limitée à la côte ouest de la Malaisie péninsulaire.


Compte tenu de l’information disponible sur les oiseaux d’eau, il est rarement possible de définir des populations idéales. On observe souvent un chevauchement des populations à un certain stade du cycle annuel, et il est même possible que des populations se mélangent tout en préservant leur indépendance grâce à des mécanismes d’isolement comportementaux. De nombreuses espèces ont une aire de répartition limitée et peuvent être considérées comme une population unique, tandis que d’autres ont une distribution cosmopolite, et les considérer comme une seule et unique population serait inapproprié en termes de conservation et de gestion. Pour ces espèces, des unités biogéographiques doivent être définies en tenant compte de tous les aspects de la biologie et des modalités pratiques de conservation des populations. Dans de tels cas, il est souvent avantageux d’utiliser une région géographique particulière pour plusieurs espèces (p. ex. Asie/Australasie, Nord-ouest de l’Europe, Afrique australe). À ce jour, le terme « voie de migration » a le plus souvent été utilisé pour décrire les zones communes à plusieurs espèces, en fonction de la séparation approximative des populations - voir la page "Qu’est-ce qu’une voie de migration?" pour plus de détails. Pour ce site, les populations biogéographiques ont été définies, autant que possible, sur la base de la biologie de chaque espèce, bien qu’il ait été nécessaire de présenter les données en utilisant des limites traditionnelles des « voies de migration » lorsque des informations plus précises faisaient défaut. Pour les espèces sédentaires, il est plus difficile d’appliquer les définitions proposées pour les populations. Il est souvent possible de démontrer que les dynamiques de presque tous les fragments d’une population sont relativement indépendantes les unes des autres. Cela est particulièrement vrai pour les populations insulaires sédentaires. Dans de telles situations, il est préférable de considérer ces petites populations comme des parties d’une métapopulation plus vaste. L’alternative est de traiter chaque espèce sédentaire comme une seule population, ce qui est souvent tout aussi difficile à justifier. En l’absence de lignes directrices pratiques ou de principes pour définir les populations des espèces sédentaires, les décisions ont été prises en fonction des divisions en sous-espèces (généralement selon del Hoyo et al. 1992 et 1996) et compte tenu de la mise en œuvre pratique des seuils de 1 %. Certaines anomalies figurent encore dans le traitement des espèces d’oiseaux d’eau sédentaires dans cette publication, lorsque des variations morphologiques au sein d’une espèce entrainent des traitements taxonomiques particuliers. Par exemple, le Héron strié Butorides striatus est une espèce sédentaire qui présente un haut degré de variation morphologique dans son aire de répartition, elle-même très étendue. Plus de 30 sous-espèces ont été décrites, et 23 d’entre elles sont largement reconnues. Dans cette situation, les estimations ont été fournies (le cas échéant) pour chaque sous-espèce distincte en accord avec la compréhension taxonomique actuelle.