La Convention de Ramsar définit les « oiseaux d’eau » comme étant les espèces d’oiseaux qui « dépendent écologiquement des zones humides », et considère les termes waterbird et waterfowl comme synonymes pour l’application de la Convention [N.D.T. : un seul terme correspondant en français : « oiseau d’eau »]. Toutefois, dans la deuxième édition des Estimations des populations d’oiseaux d’eau le terme waterfowl a été défini plus précisément comme regroupant l’ensemble des espèces appartenant aux familles suivantes : Gaviidae, Podicipedidae, Pelecanidae, Phalacrocoracidae, Anhingidae, Ardeidae, Balaenicipitidae, Scopidae, Ciconiidae, Threskiornithidae, Phoenicopteridae, Anhimidae, Anatidae, Pedionomidae, Gruidae, Aramidae, Rallidae, Heliornithidae, Eurypygidae, Jacanidae, Rostratulidae, Dromadidae, Haematopodidae, Ibidorhynchidae, Recurvirostridae, Burhinidae, Glareolidae, Charadriidae, Scolopacidae, Thinocoridae, Laridae, Sternidae et Rynchopidae. Seule une minorité de populations d’oiseaux d’eau des zones humides est exclue par cette approche. A l’inverse, la prise en compte de familles entières entraîne la présence dans la liste des oiseaux d’eau de quelques espèces qui ne sont pas inféodées aux zones humides, telles que des oiseaux marins et des œdicnèmes. Ces anomalies relativement mineures sont compensées par la commodité d’une approche globale et par taxon entier de la définition des « oiseaux d’eau », en comparaison avec les complications qu’entrainerait l’application de la définition de manière rigide à chaque espèce.

Red-breasted Merganser Harle huppé, crédit photo John Anderson


Les 3e, 4e et 5e éditions des Estimations des populations d’oiseaux d’eau prennent en compte les mêmes familles d’oiseaux que les éditions précédentes. Toutefois, le terme waterbird revêt un sens plus large que la définition stricte de waterfowl donnée dans la deuxième édition et plus proche de la définition Ramsar de waterfowl, correspondant aux oiseaux écologiquement dépendants des zones humides. Nombre de participants aux Dénombrements internationaux des oiseaux d’eau, coordonnés par Wetlands International, transmettent déjà des comptages d’oiseaux des zones humides dépassant les familles énumérées ci-dessus, et il a été proposé que les prochaines éditions des Estimations des populations d’oiseaux d’eau incluent des estimations de population pour ces oiseaux, lorsque cela est possible.

L’une des expansions les plus logiques serait d’inclure des familles supplémentaires d’oiseaux traditionnellement considérés comme des oiseaux marins. Nombre d’espèces d’« oiseaux d’eau » figurant actuellement dans les WPE sont des espèces strictement marines qui méritent autant la dénomination d’« oiseaux marins ». C’est le cas notamment de nombreuses espèces de cormorans (Phalacrocoracidae), de mouettes et goélands (Laridae) et de sternes (Sternidae). Par ailleurs, de nombreux « oiseaux marins » actuellement exclus pourraient tout aussi bien être qualifiés d’« oiseaux d’eau » car ils fréquentent couramment les eaux côtières peu profondes. Parmi les groupes d’oiseaux de mer, seules peut-être les quatre familles de Procellariiformes (Diomedeidae, Procellariidés, Hydrobatidae et Pelecanoididae) ne comprennent aucune espèce pouvant être considérée comme un oiseau d’eau. La plupart des espèces de ces familles sont exclusivement pélagiques, vivent loin des sites de reproduction et s’aventurent rarement dans les eaux côtières, sauf lorsqu’une tempête les y entraine. Au moins quelques-unes des espèces des autres familles d’« oiseaux marins » (Spheniscidae, Phaethontidae, Sulidae, Fregatidae, Stercorariidae et Alcidae) fréquentent les eaux côtières peu profondes et peuvent ainsi être considérées comme des oiseaux d’eau, ce qui justifie leur inclusion dans les WPE. Il a donc été proposé que, pour des raisons de cohérence, les prochaines éditions des WPE prennent en compte au moins ces groupes d’oiseaux marins. La 4e édition du rapport CSR de l’AEWA sur l’état de conservation des oiseaux d’eau migrateurs en Afrique-Eurasie (CSR - Conservation Status Review) avait également proposé d’inclure les populations d’oiseaux marins migrateurs, qui ont ainsi été prises en compte dans les éditions suivantes de ce rapport.

Les quatre premières éditions des WPE étaient limitées aux populations indigènes d’oiseaux d’eau présentes naturellement à l’état sauvage, et ne comprenaient pas les populations introduites délibérément ou accidentellement par l’homme en dehors de leur aire de répartition naturelle. Cette approche a été retenue dans la 5e édition. Cependant, il est reconnu que certaines populations d’oiseaux d’eau introduits artificiellement peuvent avoir un impact négatif sur les populations indigènes d’autres espèces. L’introduction accidentelle dans le milieu naturel en Europe de l’Érismature rousse Oxyura jamaicensis, originaire d’Amérique du Nord, et la menace que cela fait peser sur l’Érismature à tête blanche Oxyura leucocephala, espèce déjà mondialement menacée, ont été bien documentées. Il a donc été proposé que les prochaines éditions des WPE couvrent les populations établies d’oiseaux d’eau non-indigènes, de sorte que leur état puisse être suivi avec plus d’attention. Les populations établies d’espèces non-indigènes pourraient être définies comme les populations ayant survécu à l’état sauvage pendant au moins 10 à 15 générations, afin d’exclure les oiseaux récemment échappés de captivité essayant fréquemment de se reproduire mais sans succès. Tous les participants aux Dénombrements internationaux des oiseaux d’eau sont encouragés à transmettre les comptages d’espèces non-indigènes, et il sera demandé aux contributeurs de la prochaine édition des WPE de fournir des estimations pour ces populations. Toutefois, les seuils de 1 % ne seront pas publiés pour de telles populations, la Convention de Ramsar ayant précisé (Résolution VII 11) que ces espèces non-indigènes ne doivent pas justifier le classement d’un site comme zone humide d’importance internationale.